La répartition de votre actif

Je ne distribue aucune lettre, mais je suis le facteur qui a le plus d’influence sur votre rendement. Lorsque je suis bien choisi, je vous épargne des nuits d’insomnie. Qui suis-je?

La répartition de l’actif.

C’est sûr qu’avec un nom aussi endormant, on en discute rarement. On va plutôt entendre parler de comment un tel a réussi à acheter des actions d’une société juste avant qu’elles montent ou encore comment un autre a réussi à faire beaucoup d’argent en misant la totalité de son REER sur un penny stock. Et c’est dommage, car ces deux exemples sont le résultat du hasard et sont difficilement reproductibles, alors que c’est tout le contraire pour la répartition de l’actif.

Voici donc la répartition de l’actif, votre plus grand allié.

En finance - et comme dans la vie - qui ne risque rien n’a rien. Il faut prendre des risques pour espérer obtenir un gain, sans pour autant tout risquer. Il faut donc trouver un compromis entre le risque1 et le rendement. Et c’est exactement ce que fait la répartition de l’actif de votre portefeuille. Elle régule votre risque et votre rendement pour vous assurer de bonnes nuits de sommeil.

La répartition de l’actif de votre portefeuille est l’art de trouver un équilibre entre le risque et le rendement de votre portefeuille. On atteint cet équilibre en répartissant votre portefeuille entre deux catégories d’actif qui ont des niveaux de risque et de rendement différents: les actions et les obligations2. Il est difficile de prédire lequel aura l’avantage d’une année à l’autre, mais on s’attend à ce que les actions aient un rendement supérieur à celui des obligations à long terme. En revanche, elles sont plus volatiles à court terme.

En effet, à court terme, les actions ressemblent à des montagnes russes, elles peuvent monter et descendre très rapidement. Et on ne peut pas les contrôler, même votre conseiller financier n’y peut rien. C’est pourquoi il faut avoir du temps lorsqu’on investit à la Bourse. Pas question d’y investir sa mise de fonds pour l’achat d’une maison, car il y a trop de risque de la voir déprécier à court terme. Par contre, l’avantage de la Bourse est qu’elle a tendance à offrir un généreux rendement à long terme. C’est donc l’endroit idéal pour y placer votre argent pour des projets à long terme. Votre retraite en est un bel exemple.

Pour pallier à la volatilité à court termes des actions, on recommande d’allouer une certaine proportion de votre portefeuille en obligations. L’avantage des obligations est qu’elles sont stables à court terme: elles fluctuent peu. L’inconvénient est qu’elles offrent généralement un rendement inférieur à celui des actions à long terme.

La répartition de votre actif consiste donc à déterminer la proportion de votre portefeuille en actions et la proportion en obligations. On utilise deux critères pour déterminer ces proportions: votre horizon de placement et votre tolérance au risque.

Votre horizon de placement est le temps dont vous disposez pour faire fructifier votre argent. Plus il est long, plus vous pouvez prendre de risques, car vos placements auront le temps de reprendre leur valeur après une baisse. Par exemple, un jeune diplômé qui investit pour sa retraite pourrait avoir un portefeuille composé à 80% d’actions et 20% d’obligations, alors que le portefeuille d’un retraité pourrait être composé à 30% d’actions et 70% d’obligations.

La tolérance au risque est l’aspect émotionnel qui vous lie à vos placements. C’est votre disposition à accepter une perte financière. Si le niveau de risque de votre portefeuille vous empêche de dormir, vous prenez peut-être plus de risque que ce que vous êtes disposé à tolérer. Il faudrait dans ce cas diminuer la proportion d’actions dans votre portefeuille et augmenter la proportion d’obligations.

Déterminer sa tolérance au risque relève plutôt de l’art que de la science, mais vous pouvez connaître votre profil en remplissant des questionnaires. Par exemple, celui de L’Institut québécois de planification financière3. Il est fortement recommandé d’en faire plusieurs et de toujours garder un esprit critique. En cas de doute, il est préférable de diminuer le niveau risque de votre portefeuille.

La répartition de l’actif en pratique

Pour vous donner une idée, voici un tableau montrant le rendement espéré d’un portefeuille en fonction de sa répartition de l’actif.4

Actions Obligations Rendement annuel espéré
0 % 100 % 3.7 %
10 % 90 % 4.1 %
20 % 80 % 4.5 %
30 % 70 % 4.8 %
40 % 60 % 5.1 %
50 % 50 % 5.5 %
60 % 40 % 5.8 %
70 % 30 % 6.2 %
80 % 20 % 6.5 %
90 % 10 % 6.9 %
100 % 0 % 7.2 %

On voit bien que plus la proportion d’actions augmente, plus le rendement espéré est élevé.

Regardons maintenant l’impact de la répartition de l’actif sur le risque à court terme dans le tableau ci-dessous. La colonne perte maximale annuelle est la pire année qu’a connue un portefeuille en fonction de la répartition de l’actif, alors que la perte maximale historique est la pire baisse (du sommet jusqu’au plus bas).

Actions Obligations Perte maximale annuelle Perte maximale historique
0 % 100 % -4.3 % -11 %
10 % 90 % -3.1 % -10 %
20 % 80 % -1.9 % -10 %
30 % 70 % -4.2 % -10 %
40 % 60 % -7.7 % -14 %
50 % 50 % -11.3 % -18 %
60 % 40 % -14.8 % -23 %
70 % 30 % -18.4 % -28 %
80 % 20 % -21.9 % -33 %
90 % 10 % -25.5 % -39 %
100 % 0 % -29.0 % -44 %

Données de 1988 à 2013.

On remarque que plus la proportion d’actions augmente, plus le risque à court terme augmente.

Par exemple, la pire année (perte maximale annuelle) pour un portefeuille composé à 80% d’actions et 20% d’obligations est une perte de 21.9% et la plus grande perte (perte maximale historique) est de 33%. C’est bien différent, d’un portefeuille composé à 100% d’obligations pour lequel la perte maximale annuelle est de 4.3% et la perte maximale historique est de 11%.

Mais rassurez-vous, malgré ces pertes, 1000$ investi pendant 25 ans dans le premier portefeuille (80% actions, 20% obligations) pourrait valoir environ 4800$ (rendement annuel de 6.5%). C’est deux fois plus que si vous l’aviez investit dans le deuxième portefeuille (100% obligations). Il ne faut donc pas seulement regarder le risque à court terme, mais plutôt le rendement à long terme.

Le mot de la fin

Déterminer la répartition de votre actif ne doit pas être pris à la légère, car c’est ce qui déterminera le succès de vos placements. Un niveau de risque trop élevé peut vous faire paniquer lorsque les marchés sont à la baisse, et donc vous faire vendre au pire moment. Au contraire, avec un niveau de risque trop faible vous laissez potentiellement de l’argent sur la table.


  1. Risque: possibilité d’obtenir un rendement inférieur à celui anticipé ou encore de perdre une partie ou la totalité des sommes investies. Source: Glossaire financier de l’Autorité des marchés financiers. [return]
  2. Obligation: titre émis par les gouvernements et les sociétés, qui constitue un prêt consenti par l’investisseur à l’émetteur (état, sociétés publiques ou privées). En général, l’émetteur promet de payer à une certaine fréquence un taux d’intérêt fixe à l’acheteur, et promet de rembourser une somme prédéterminée à l’échéance. Source: Glossaire financier de l’Autorité des marchés financiers. [return]
  3. L’Institut québécois de planification financière propose un questionnaire de 13 questions pour déterminer votre tolérance au risque. [return]
  4. Source: Great Expectations [return]

Abonnez-vous à notre liste de diffusion!